Le jardin de mon enfance
n'était pas un jardin comme on en voit aujourd'hui, bien droit,
bien aligné, sans aucune mauvaise herbe, tout propet, tout net et
clair, non le mien c'était le jardin du bonheur !
Il était immense ! des
près magnifiques aux mille fleurs qui embaumaient l'air, les tiges
étaient tellement hautes que ma soeur et moi nous nous perdions au
milieu des coquelicots, des marguerites, des paquerettes, des
violettes, des groseilles et j'en passe ! C'était des fleurs à
profusion ! C'était des
éclats de rires à n'en plus finir ! Qu'il faisait bon vivre alors
!
Nous ramenions d'énormes
bouquets odorants à la maison, des brassées de " sentbon" et
de fleurs des champs. Quelquefois nous nous faisions piquer
par les abeilles, les pauvres on leur chipait les fleurs qu'elle
butinaient ! Oh, ce n'était pas bien grave, nos parents nous
aspergeait de vinaigre sur la partie sensible et hop fini les bobos
!
Nous passions des journées
entières durant les grandes et petites vacances à nous émerveiller
de mille petits riens : un joli papillon, une cigale, une nouvelle
fleur, une fourmi chargée de provisions à engranger pour les jours
de disette. Nous avions aussi un petit cimetière où nous gardions
sous de jolies verreries tout ce petit monde que nous trouvions
bien souvent sans vie et nous les fleurissions.
Nous avions aussi un endroit
préféré, c'était l'Aire ! nous y jouions avec nos poupées et nos
"tariettes", oh elles n'étaient pas bien grosses, nos parents
n'étaient pas riches, mais quelle joie lorsque notre mère revenait
du grand marché d' Aix (elle y allait avec le patriache,
notre grand-père)et qu'elle nous rapportait un petit poupon en
celluloide ou une dinette ! C'était que du bonheur !
Et le lavoir, parlons-en
! Il nous semblait immense et nous nous y baignions sous
l'oeil vigilant de notre mère et de nos tantes.
Notre grand-père avait
un petit jardin bien à lui et nous allions piquer quelques
artichauts et bien d'autres légumes encore lorsqu'il ne nous voyait
pas.Il était adorable, pas bien grand mais ce qu'il n'avait pas en
taille il l'avait en travail et en coeur. Quelquefois, lorsqu'il
partait arroser les jardins dont il avait la charge pour Monsieur
le Comte de Garidel, nous lui apportions son repas qu'il prenait au
bord de l'arc à l'ombre sous de grands mûriers. Nous nous
goinfrions de mûres, c'était un régal !J'ai oublié de vous dire que
notre petite enfance s'est passé à Coudoux, joli petit village de
Provence.
Oh des choses j'en ai encore à
vous raconter, les charrettes, l'écurie, la bergerie, nos amis
etc... mais ce sera pour une autre fois.
A présent avec le recul et les
années, le grand lavoir ne sert plus à rien et il est minuscule,
nous qui l'avions trouvé si grand à l'époque !
Les près n'ont presque plus
que fleurs où si peu, c'est bien triste mais il nous reste toutes
nos beaux souvenirs.
Je dédie cet article à ma
soeur Carmen avec qui j'ai passé toute notre enfance dans les bons
et mauvais moments de notre vie.
Petite soeur je
t'aime.